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Pêches professionnelles de la Maine à la mer
Présentation
La planche n°2 de l'Atlas environnemental illustre de manière synthétique une des trois lectures transversales de la Loire et de son estuaire, "l'établissement humain, des usages traditionnels aux nouvelles pratiques".
Le thème des pêches professionnelles peut être abordé de différentes manières : ressources exploitées, gestion des stocks, poissons...
L'entrée "métiers" est ici privilégiée, mettant l'accent sur les conditions d'exercice de l'activité. Exercer la pêche en tant que professionnel, ce n'est pas répéter les mêmes gestes. C'est au contraire s'adapter de façon permanente aux conditions variables du milieu suivant les sites et les saisons, aux déterminismes des espèces cibles et aux nécessités de la sauvegarde des stocks. Ainsi apparaît un monde où se mêlent sciences de l'homme et sciences de la nature?
Un monde particulier et insoupçonné.
Sur le cours de la Loire, de la mer à la Maine, 11 vignettes illustrent les différentes techniques employées par les pêches professionnelles, encadrées de 4 modules :
UNE ADAPTATION PERMANENTE
Lieux de remaniements sédimentaires continuels, mosaïque complexe de milieux en perpétuelle évolution à haute productivité biologique, les estuaires ont toujours été des sites privilégiés et renommés de pêche.
Tout au long des siècles, les pêcheurs s'ingénièrent à mettre au point une multitude de stratagèmes et d'engins adaptés aux espèces, aux lieux, aux conditions extérieures. Les populations riveraines, à force de connaissances empiriques des rythmes du fleuve et des poissons, en tiraient une grande partie de leur revenu. A la diversité des milieux répondait la diversité des peuplements et des techniques de capture inscrites dans les traditions locales. Beaucoup de sites anciens de pêche ont désormais disparu et de nombreux petits ports n'ont plus d'activité (Rohars, Lavau, Port Lavigne ...). Le mythique bras du Migron aurait fait vivre plus de 150 familles. Issues pour certaines du Moyen Age, les techniques de pêche étaient encore fort nombreuses : une soixantaine rien que pour l'estuaire (senne, filet-barrage, ancro, sédor, épaule de mouton, carrelet à bascule, carrelet bois debout ...). Quelques unes, comme l'épervier de drague pour la plie, étaient spécifiques de l'estuaire. Activité artisanale, voire familiale, la pêche professionnelle n'a pu résister à une érosion rapide de ses pratiques d'exploitation des milieux et des ressources, entre les années 1950 et 1960, dont l'origine se trouve dans la conjonction de facteurs variés : appauvrissement voire disparition de milieux naturels comme les vasières, dégradation de la qualité de l'eau, rupture des axes migratoires par l'aménagement des cours d'eau, législation sociale peu favorable à l'artisanat familial, réglementation d'accès à la ressource contraignante, modification des habitudes alimentaires des consommateurs au profit d'espèces et produits issus de la grande pêche industrielle.
Les débarquements faramineux de civelles à Basse-Indre - 2 à 300 kg en une nuit et par bateau - ne doivent plus faire illusion ! A l'instar de l'activité agricole, la pêche professionnelle s'orienta vers l'utilisation de techniques plus performantes (motorisation, filet en fibres synthétiques) et porta son effort vers l'exploitation d'espèces plus rentables comme les migrateurs (anguille, civelle, alose, lamproie...).
DES ACCÈS STRICTEMENT RÉGLEMENTÉS
La Loire présente de la mer à la Maine des particularités dues à son double statut, d'une part de voie navigable maritime et fluviale, et d'autre part de Domaine Public maritime et fluvial.
Ainsi s'articulent 5 secteurs sur des limites datant pour la plupart du XIXe siècle : limite transversale de la mer (Saint -Nazaire), limite de salure des eaux (Cordemais), limites des Affaires maritimes (Nantes) et de l'ancienne Inscription maritime (Thouaré). Ces secteurs ont des conditions d'accès et des modalités d'exploitation qui varient en fonction du type d'espèces capturées : sédentaires, migratrices et civelle. Il en résulte une complexité administrative à l'image de la complexité naturelle des estuaires.
L'Etat détient les droits de pêche dont il afferme l'exploitation par deux voies différentes suivant la salure des eaux :
- En eaux douces par les Directions Départementales à l'Agriculture et à la Forêt. Les DDAF délivrent les autorisations de pêcher sous forme de licences annuelles, ou de baux de location à 5 ans, ou de locations annuelles à l'amiable. Les conditions d'exploitation sont révisées tous les 5 ans. Tout pêcheur professionnel doit adhérer à une association agréée au titre de la loi Pêche de 1984, contre l'engagement de consacrer au moins 600 heures dans l'année à l'activité et de participer à la gestion piscicole. Deux associations : l'Association agréée départementale des pêcheurs professionnels maritimes et fluviaux en eau douce de Loire Atlantique, qui regroupe plus de 160 pêcheurs pratiquant sur les cours d'eau, y compris privés, du département, et l'Association agréée interdépartementale des pêcheurs professionnels en eau douce du bassin de la Loire et des cours d'eau bretons, qui regroupe environ 40 pêcheurs et compagnons.
- En eaux salées et jusqu'à la limite des eaux territoriales (12 milles), via les organismes interprofessionnels. Les droits de pêche sont accordés par le Comité national des Pêches maritimes et des Elevages marins (CNPMEM) sous forme exclusive de licences annuelles qui ne peuvent être ni cédées ni vendues. La pêche aux poissons migrateurs est soumise à la détention de " la licence spéciale de pêche aux poissons et crustacés d'estuaire ", dite licence CIPE, octroyée par une commission spécialisée du CNPM, la Commission interprofessionnelle des poissons migrateurs et des estuaires. Cette licence, accordée à un couple patron-bateau, est revêtue du nom du bassin auquel elle donne accès. Depuis 1996, sur un total national de 1131, un contingent de 414 licences est délivré au Comité régional des Pays de la Loire, assorti d'un quota de 240 timbres " Loire ". La mention " filet " accolée au timbre ouvre droit à pêcher tous les migrateurs sauf la civelle et l'anguille dont la pêche est autorisée par la mention " civelle ".
- Qu'il soit maritime ou fluvial, le pêcheur doit tenir un carnet de prises mensuelles dont le traitement statistique permet de mesurer le poids respectif des captures par espèce en fonction de l'effort de pêche.
QUELQUES REPÈRES CHIFFRÉS
Malgré une érosion générale des effectifs, la Loire d'Angers à Saint-Nazaire demeure un haut lieu de l'activité halieutique. 170 pêcheurs fluviaux parmi les 750 exerçant au niveau national et 239 marins pêcheurs licenciés CIPE sur les 1137 de la façade atlantique, y pratiquent leur métier, induisant au minimum 700 emplois directs malgré la quasi-absence de transformation. L'aide familiale est omniprésente, notamment de la part des épouses dont l'apport en main d'œuvre supplémentaire est estimé à au moins 25 %.
Tant en estuaire qu'en rivière, les captures totales avoisinent les 200 t/an dont la moitié de poissons migrateurs, traduction d'un effort de pêche orienté vers les espèces saisonnières dont les vagues successives sont le support d'une activité continue toute l'année. Malgré les variations inter annuelles marquées, dues aux conditions météorologiques et à l'hydrologie de la Loire, la production déclarée de civelle oscille autour de 85 t/an en moyenne depuis 1990, générant une valeur en première vente de 43 millions de F soit environ 15 % de la valeur des pêches maritimes du département. Le meilleur rendement financier fut obtenu en 1997 avec un prix moyen de 1064 F/Kg.
En 1999, les prises de lamproies, aloses, truites de mer et anguilles adultes ont atteint 56 t et 43 t pour le mulet. Par contre, les prises de Captures totales de migrateurs (1999) poissons d'eau douce dépassent à peine 4,5 t dont 1,1 pour les carnassiers (brochet et sandre).
C'est l'hiver, lors des campagnes civelières, que le nombre de pêcheurs est de loin le plus élevé, illustration de l'attrait financier exercé par l'alevin d'anguille. Les conditions d'accès aux secteurs autorisés sont une des causes de disparité du chiffre d'affaires individuel moyen des marins pêcheurs (380 KF), pour lesquels la civelle est un complément de revenus (20-25 %), et des pêcheurs fluviaux (263 KF) dont elle représente près de 70 % des revenus.
La commercialisation se fait soit directement auprès des restaurateurs, des poissonniers ou sur les marchés, soit par l'intermédiaire d'une douzaine de mareyeurs-ramasseurs dont quelques-uns sont spécialisés dans l'exportation de civelles vivantes en Europe (Espagne et Portugal) et vers l'Asie (Japon, Chine).
Ces repères chiffrés doivent être pris comme des ordres de grandeur du fait de difficultés de recouvrement statistique.
LES VOIES DE L'AVENIR
L'avenir des pêches professionnelles en Loire est suspendu à la capacité de la profession à se renouveler et à la présence de poissons économiquement exploitables.
D'après des enquêtes menées en 1998-99, les pêcheurs forment une population à faible taux de rajeunissement, où l'âge moyen des chefs d'entreprise est relativement élevé : 45 ans chez les fluviaux et 39 chez les estuariens. Le métier qui se transmettait naturellement de père en fils n'attire plus les jeunes et aujourd'hui, peu de pêcheurs ont envisagé leur succession. A cette incertitude sur la pérennité du métier s'ajoute une fragilité d'ordre économique due à la valeur relative de la civelle, notamment en zone estuarienne. Il y a là un facteur de risque non négligeable puisque dépendant de circonstances extérieures telles que les pollutions, le réchauffement climatique (Gulf Stream), les relations géopolitiques pour les exportations ou l'état sanitaire des adultes.
La présence de stocks exploitables dépend de la qualité des habitats et de mesures de gestion.
Les actions de réhabilitation physique des milieux naturels, nombreuses au cours des 20 dernières années sont coordonnées depuis 1994 par le Plan Loire Grandeur Nature. Elles visent la restauration des stocks de grands migrateurs par la reconquête des aires de répartition et un meilleur accès des poissons sédentaires aux frayères latérales par la remise en eau des annexes hydrauliques. Partout des signes encourageants sont constatés, sauf pour l'anguille.
Les décisions concernant la gestion des stocks devraient à l'avenir s'orienter vers la recherche d'une harmonisation réglementaire sous l'égide du Comité de gestion des poissons migrateurs (COGEPOMI) créé en 1994, permettant une efficacité renforcée de la lutte contre le braconnage pratiqué parfois à l'échelle semi-industrielle, et une meilleure connaissance des captures totales par l'extension à toute forme de pêche de l'obligation de tenir un carnet de prises.
Cependant, de nombreuses questions restent sans réponses, notamment sur la phase marine des espèces migratrices. La mobilisation scientifique est nécessaire pour fournir les bases objectives des décisions touchant aux taux acceptables de mortalité par pêche - professionnelle et amateur - sans mettre en péril les populations tant de poissons que de pêcheurs.




Si elles ne font l'objet que d'une pêche "ciblée", quelques espèces présentes dans l'estuaire, dites " captures accessoires ", méritent d'être signalées :
La grande alose (même famille que la sardine) remonte l'estuaire au printemps pour gagner ses zones de frayères situées en Loire amont, en même temps que le mulet porc ou ramada qui regagne lui ses zones d'engraissement en Loire moyenne. Alors que la grande alose meurt après la fraie, le mulet redescend vers les vasières littorales en fin d'été pour s'y reproduire durant l'hiver. Au cours de cette descente en période d'étiage fluvial, il subit d'importantes mortalités dues au manque d'oxygène dans le bouchon vaseux.
Alose et mulet sont pêchés à l'aide de filets tramails dérivants, en nylon transparent, formés d'une nappe flottante et à mailles fines en losange, la flue, prise entre deux nappes à grandes mailles carrées, les aumées. Long de 100 à 300 mètres, le tramail est maintenu vertical par des flotteurs en haut et des lests en bas. Chute et taille des mailles varient suivant les lieux de pêche. Le filet est tendu transversalement au fleuve et laissé dériver (" driver ") lentement. Le poisson qui remonte l'estuaire avec le flot, rencontre le filet qui lui barre la route et s'y maille par les ouïes. Toutes les 2 à 3 heures, le filet est remonté à la main, brassée par brassée.
Après 10 à 20 ans de vie fluviale, les anguilles adultes subissent une deuxième métamorphose traduite par la couleur argentée de leur ventre. Elles regagnent leur lieu de naissance pour s'y reproduire, supposé en mer des Sargasses, à 6000 km de nos côtes, qu'elles atteignent en nageant à grande profondeur (1500 -2000 m) pendant 4 mois. Cette disparition alliée à la localisation de son lieu de reproduction proche du Triangle des Bermudes, alimentent "le mystère de l'anguille".
Les anguilles argentées ou d'avalaison qui dévalent le fleuve d'août à mars avec le courant se capturent surtout au dideau ou guideau, filet en forme d'entonnoir de 30 m de long, de 11 m de large et de 5,5 m de haut, dont le maillage diminue de l'entrée (320 mm) à la poche (20 mm maille étirée).
En grandissant, les civelles noircissent et deviennent anguillettes, puis anguilles qui vont coloniser les bassins versants jusque dans leurs confins les plus amont. Elles se sédentarisent dans les cours d'eau, les mares et les marais ainsi que dans les berges de l'estuaire. Elles sont alors dites " anguilles jaunes ".
L'anguille jaune sédentaire est piégée dans des nasses anguillères ou bosselles, à un ou plusieurs goulets, fabriquées en grillage plastifié, au maillage de 10 à 12 mm. Formes et dimensions (1 m à 1, 5 m) varient suivant le courant et la marée, ainsi qu'entre l'amont et l'aval de l'estuaire. Souvent appâtées à l'aide de petits poissons fraîchement pêchés, elles sont immergées seules ou par filières, le long des rives. Les bosselles peuvent rester en pêche deux ou trois jours. La pêche s'effectue d'avril à décembre, quand la température de l'eau varie de 10 à 17°C maximum, et cesse aux premières gelées.
Issues de la reproduction de l'anguille au large des côtes américaines, les larves dites leptocéphales (feuilles de saule) traversent l'Atlantique portées par le Gulf Stream. Arrivées à proximité de nos côtes au bout de 200 jours, elles subissent une première métamorphose en civelles (7 cm, aveugles, translucides) lesquelles, d'octobre à avril, pénètrent dans les estuaires depuis les Pays scandinaves jusqu'au Maroc, notamment celui de la Loire.
La civelle se pêche avec deux tamis, ou drosses, de taille et maillage réglementaires (diamètre 1,20 m, profondeur 1, 30 m, maille très fine), placés au bout d'un manche, et fixés de chaque côté du bateau. La pêche a lieu en pleine eau, pendant le flot et jusqu'à l'étale, surtout de nuit, à raison d'une ou deux sorties par jour suivant l'heure de la marée. La flottille de pêche se déplace en suivant la progression des civelles : de Mindin à Thouaré, limite de pêche autorisée. Les tamis sont régulièrement relevés ; les civelles sont collectées dans des camions viviers par les mareyeurs et expédiées vivantes jusqu'en Chine et au Japon.
La crevette grise ou boucaut fréquente les baies et les estuaires de la façade atlantique européenne et de la Méditerranée. L'embouchure de la Loire joue un double rôle dans son écologie : lieu de frayère en aval de Mindin et lieu de nourricerie jusqu'aux environs de Cordemais, où les vasières fournissent à ses juvéniles les éléments nécessaires à leur croissance. Le boucaut constitue par ailleurs une grande part de la nourriture d'espèces de poissons d'intérêt économique majeur (sole, bar, merlan ...).
Sa pêche s'effectue au chalut de fond à panneaux. Délogé du sédiment par une chaîne, le boucaut est piégé dans un filet en forme de sac, maintenu largement ouvert (12 à 20 m) par deux lourds panneaux métalliques ; le filet se rétrécit en une poche à maille plus fine (20 mm étirée) dans laquelle s'accumulent les prises. Cette pêche est pratiquée par les petits chalutiers de Pornic, Saint Nazaire ou Paimbœuf, spécialement équipés pour le travail à la mer, sur des fonds sablo-vaseux. La plupart des pêcheurs interrompt cette activité pour se consacrer à la pêche à la civelle dans l'estuaire durant la mauvaise saison.
"... Nos pescheurs ont pris dans la Loire près de Couëron un Esturgeon que j'ay fait mesurer vivant ; il a 8 pieds (2,60 m) de longueur et 3 pieds 2 pouces 10 lignes (1,04 m) de circonference au milieu du corps ; il est marqué de taches singulières qui aprochent de la figure des fleurs de lys ; je le fais actuellement dessiner. Quoyque ce poisson soit plus petit que celui qui fut pris l'année dernière dans la Tamise, néanmoins nos vieux pescheurs m'assurent que depuis 60 ans d'exercice de pesche on n'a vû icy de poisson de cette grandeur ..."
La lamproie de rivière ou fluviatile traverse la basse Loire pour se rendre sur ses frayères suivant un cycle biologique analogue à celui de la lamproie marine. Ces deux espèces sont capturées, en zone fluviale, dans les mêmes circonstances et avec les mêmes engins, et sont regroupées sous l'appellation unique " lamproies ". La lamproie fluviatile, plus petite, est aussi dite " fifre " ou " fifre à sept trous ".
En amont de la limite d'influence de la marée, la lamproie se pêche à l'aide de grandes nasses, fabriquées en osier, rigides, de 1 m de diamètre et d'environ 2 mètres de longueur, et pourvues de deux goulets en brins flexibles ou épichons. C'est une pêche fine où l'équilibre et la flottabilité de l'engin sont essentiels. Elles sont tendues entre deux eaux, depuis des plates motorisées.
Pas véritablement poisson, la lamproie marine est un vertébré primitif. Dépourvue de mâchoires, d'écailles et de colonne vertébrale osseuse, elle transite par l'estuaire au début du printemps, lors de sa montée en Loire où elle meurt après avoir frayé. Ses larves, ou ammocètes, restent de 4 à 7 ans en rivière puis gagnent la mer où leur phase adulte dure environ deux ans. Là, c'est un parasite externe redoutable qui suce le sang et les liquides organiques des poissons, grâce à sa bouche en forme de ventouse.
Dans la zone d'influence de la marée, elle est capturée à la lampresse : filet tramail dérivant, en nylon mono ou multifilaments, ou câblé, maille de 40 mm, long de 100 à 150 m, pouvant être " double " ou " triple chute " (8 m), pour atteindre le fond du fleuve, là où se tiennent les lamproies. Ils sont mis en pêche peu après l'étale de haute mer et sont laissés dériver sur 200 à 300 mètres. Après un long démaillage, les lamproies sont placées dans un vivier à bord de la plate car les consommateurs exigent que les poissons leur soient vendus vivants. Pour être pêchants, les filets doivent être maintenus débarrassés de tout déchet (feuilles, racines).
Environ une quinzaine d'espèces de poissons blancs sont communément pêchées dans les eaux fluviales de la Loire. Brochet, brème, hotu, ablette, carpe, ombre commun, perche, barbillon, gardon... Si la majorité d'entre elles est indigène des eaux ligériennes, quelques unes y ont été introduites, telles le sandre, le poisson-chat, la perche soleil, le black bass, ou le silure.
Exigeant une grande pratique, l'épervier est un filet rond dont le bas est garni de balles de plomb. Déployé en roue, il est jeté au-dessus de l'endroit où a été repéré le poisson, puis ramené doucement tout en le refermant sur les prises.
Au terme d'un séjour de 1 à 3 ans en mer au large du Groënland et des îles Féroé, le saumon remonte à partir de février la Loire pour se reproduire pendant l'hiver suivant. Les mâles les plus âgés peuvent atteindre une longueur de 1,30 m et un poids de 23 kg. La fraie lui est généralement fatale. Les jeunes, après 1 ou 2 ans, se rassemblent pour gagner les lieux lointains de grossissement en mer.
Le saumon fit de tout temps l'objet d'une pêche diversifiée et intense. Les aménagements effectués dès le siècle dernier, et en particulier la construction de barrages pour les besoins de la navigation ou de la production hydroélectrique, ont contribué à sa quasi-disparition. Depuis 1994, afin de protéger l'espèce, sa pêche est interdite sur tous les cours d'eau et plans d'eau du bassin de la Loire ainsi qu'en mer. Les actions d'amélioration des accès aux aires de reproduction (Allier, Gartempe ...), comme le montrent les comptages, se traduisent par des signes de plus en plus favorables au renouveau de la souche ligérienne de cette espèce.
Dans notre région, la sole se reproduit en hiver au large des Sables d'Olonne et de la Rochelle. Au printemps, les larves, ballottées par les courants, se rapprochent de la côte et rejoignent notamment les eaux dessalées de l'estuaire de la Loire. C'est là que, 3 années durant, les jeunes soles trouvent les conditions requises pour leur développement, particulièrement une abondante nourriture composée de la microfaune des sédiments des vasières. À la fin de leur vie juvénile, elles regagnent l'océan pour s'y reproduire.
La sole est pêchée au chalut de fond à panneaux (maille réglementaire de 70 mm étirée), toute l'année, par les petits chalutiers des ports côtiers et de l'estuaire de la Loire, de Paimboeuf notamment. La pêche se pratique sur les fonds sableux de zones réglementées situées au large de l'estuaire de la Loire, pendant la nuit quand la sole se " déterre " pour aller chasser.