Histoire

Depuis l'antiquité, la Loire est aménagée. Mais les « grands » travaux commencent dès le milieu du XIXe siècle, avec une priorité donnée au développement industriel et au trafic portuaire.

Les 3 grandes doctrines successives

XIXe siècle : Le resserrement ou la descente du fleuve vers l'océan

  • Principe : faire gagner au fleuve en profondeur, ce qu'un resserrement latéral lui fait perdre en largeur, grâce à l'accélération des courants.
  • Comment : en contraignant le fleuve à couler entre épis et digues, dans un bras unique.

Fin XIXe siècle : La séparation ou le canal latéral

  • Principe : permettre la remontée des navires jusqu'à Nantes par un ouvrage artificiel.
  • Comment : en construisant un canal latéral doublant la partie inappropriée du fleuve et en approfondissant les chenaux d'accès au canal (passe des Brillantes).

XXe siècle : L'ouverture ou la remontée de l'océan dans le fleuve

  • Principe : projeter l'onde de marée le plus loin possible vers l'amont, dans un bras unique de flot et de jusant largement ouvert sur l'océan.
  • Comment : en éliminant tout obstacle à la propagation de la marée, en diminuant les frottements par l'arasement de seuils naturels, en augmentant les profondeurs par l'extraction de sédiments et en créant un bassin de marée en amont de Nantes.

L'évolution de la géométrie et ses conséquences

Les doctrines successives d'aménagement du fleuve ont profondément modifié sa géométrie.

En aval de Nantes, l'application de la doctrine de l'ouverture - approfondissement et régularisation du chenal principal - se traduit par un fleuve étriqué. Depuis 1880, la superficie des surfaces marnantes et la longueur de rive à pleine mer ont diminué de moitié et sont désormais respectivement de 2330 hectares et 110 kilomètres. La largeur du fleuve entre berges a été divisée par trois, et par plus de cinq à Nantes-Roche Maurice où elle est égale à 200 mètres, contre 1170 mètres en 1880.

En amont de Nantes, l'application des doctrines a profondément modifié les équilibres :

  • latéralement : épis, suppression de seuils et extractions massives de sable ont induit une incision du lit principal pouvant atteindre plusieurs mètres et une déconnexion plus fréquente des annexes fluviales ;
  • longitudinalement : le creusement du bassin de marée a provoqué une augmentation de la pente hydraulique et une érosion régressive des fonds.

Sur l'ensemble du territoire, l'équilibre général entre les influences fluviales à l'amont et marines à l'aval s'est déplacé au bénéfice de cette dernière. Il y a un siècle, l'influence de la marée se faisait sentir juste en amont de Nantes. Depuis une vingtaine d'années, elle se stabilise au-delà d'Ancenis ; soit une remontée de plus de 30 kilomètres. Des berges « estuariennes » - soumises à la marée - sont ainsi apparues en lieu et place du linéaire fluvial entre Ancenis et Nantes, pouvant atteindre une centaine de kilomètres en période d'étiage et de vives eaux.